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Un pape n’a pas le choix : il se doit d’être Antigone ou rien.

Justice au singulier: Un pape, un Papon ?

Une plume toujours aussi ronflante, mais une conclusion magistrale et superbe.

(via roukie)

Les moralisateurs à la petite semaine qui n’ont pas vécu les circonstances qu’ils décrivent m’énervent plus qu’un tout petit peu. Bilger, en l’occurence, fait partie d’un corps qui ne s’est pas franchement illustré dans la résistance à l’Ennemi pendant ces périodes-les-plus-sombres, hein.)

Le Cave se rebiffe est passé y’a pas longtemps donc je citerai un autre chef d’oeuvre du même auteur pour dire que l’homme de la Pampa doit révéler que certains commencent à les lui briser menu.

En l’occurence, Pie XII a dénoncé le nazisme, a dénoncé le traitement des juifs par Hitler, et a personnellement agi pour sauver de très nombreux juifs, au moins 80 000 à Rome, voire des centaines de milliers au total, selon des historiens par ailleurs hostiles à Pie XII. On aurait voulu qu’il fasse quoi de plus? Qu’il prenne le maquis? Qu’il se fasse prendre la photo le poing en l’air? Ah mais voilà, la différence entre le vent et l’homme d’Etat, c’est la différence entre la gesticulation et l’action.

Vous savez qui est Antigone sur toute une série de sujets, de l’environnement à la justice sociale en passant par la culture de la vie et la morale sexuelle? Le pape. Et vous savez l’effet que ça a? Bupkis. Nada. Zéro. Niente. Et lorsque ça, par hasard, en a un, ou tout simplement que ses propos sont mal interprétés, ce sont les mêmes — les mêmes — qui reprochent au pape d’oublier la laïcité, la prévenance, la réserve et le reste qui seraient supposément l’apanage de sa fonction. Les mêmes qui refusent au pape d’aujourd’hui le dixième du courage qu’ils lui auraient voulu il y a 60 ans (et que, de fait, il a eu).

Toutes choses qu’on reproche par ailleurs à Benoît XVI. Benoît XVI trop arc-bouté sur le maintien de la théologie et de la liturgie. Benoît XVI trop rigide sur les principes. Benoît XVI trop déconnecté de la réalité (on me permettra de penser que Benoît XVI est très connecté à une Réalité bien plus concrète que celle de la vie de tous les jours). En somme, Benoît XVI trop… Antigone.

Comme c’est facile de juger 60 ans après. Comme c’est facile de décider, de l’extérieur et depuis son cul fermement vissé sur un fauteuil, quelles sont les prises de positions idoines et pas idoines, sages et pas sages.

On notera au passage que ce qui caractérise Antigone dans la tragédie de Sophocle, c’est l’inefficacité complète de son action, et sa mort tragique. Comme ça doit plaire à ces laïcards, à ces bouffeurs de curés, à ces non-non-la-religion-je-respecte-mais-quand-même-faire-un-signe-de-croix-en-public-c’est-agressif, l’idée d’une Eglise dont le principe de l’action serait celui d’Antigone: l’inefficacité totale de l’action et la passion pour l’auto-destruction. Car la vénération moderne de l’Antigone de Sophocle est douloureusement anachronique. Dans la tragédie grecque, ni Antigone ni Créon ne sont des modèles. Créon est faible, trop prêt à abandonner le plus important pour des contingences matérielles. Mais Antigone est morbide, fascinée par la mort. Fascinée par la mort de son frère, fascinée par la mort qui sait qui l’attend. Elle rejette Hémon, son fiancé, symbole de la vie qui l’attend et qu’elle refuse de perpétuer en refusant le mariage. Pour Sophocle, Antigone est autant un repoussoir que Créon.

C’est bien ça qui fait de cette tragédie une tragédie: il n’y a pas de “bonne” réponse au dilemme moral posé par la pièce. Ni Antigone ni Créon n’ont raison. L’accomodation veule tout comme la protestation radicale sont stériles, mènent à la destruction. Il faut trouver un autre chemin, un Juste chemin, qui n’oublie ni les principes ni les réalités du monde. C’est précisément ce que s’est efforcé de faire Pie XII dans une des périodes les plus incroyablement difficiles de l’Histoire, et ce avec beaucoup plus de succès que tant, tant d’autres. La justice, au singulier, au pluriel ou au passé composé, ce serait de le reconnaître.

J’attends avec impatience le moment où, dans 50 ans, dans 100 ans, lorsqu’on se sera rendu compte de la folie de l’avortement, le Philippe Bilger de l’époque appellera Saint Jean-Paul II le pape des avorteurs. Là mes petits-enfants se marreront bien. Et l’Eglise, ce phare si lumineux et si imparfait aura, comme toujours, survécu à ses pourfendeurs.

(EDIT: J’ai supprimé une référence à son inamovibilité, Philippe Bilger étant au Parquet, et donc pas inamovible.)

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